| A André Breton | Le 11 octobre 1916 |
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Cher Ami,
Je vous écris d'un lit où une température agaçante et la fantaisie m'ont allongé au milieu du jour.
J'ai reçu votre lettre hier — L'Évidence est que je n'ai rien oublié de notre amitié, qui, j'espère, durera tant rares sont les sârs et les mîmes! — et bien que vous ne conceviez l'Umour qu'approximativement.
Je suis donc interprète aux anglais — et y apportant la totale indifférence ornée d'une paisible fumisterie que j'aime à apporter ès les choses officielles, je promène de ruines en villages mon monocle de crystal et une théorie de peintures inquiétantes — J'ai successivement été un littérateur couronné, un dessinateur pornographique connu et un peintre cubiste scandaleux — Maintenant, je reste chez moi et laisse aux autres le soin d'expliquer et de discuter ma personnalité d'après celles indiquées — Le résultat n'importe.
Je vais en permission vers la fin de ce mois, et passerai quelque temps à Paris — J'y ai à voir mon très meilleur ami que j'ai complètement perdu de vue.
... A part cela — qui est peu — Rien. L'Armée Britannique, tant préférable qu'elle soit à la Française, est sans beaucoup d'Umour — J'ai prévenu plusieurs fois un colonel à moi attaché que je lui enfoncerai un petit bout de bois dans les oneilles — Je doute qu'il m'ait entièrement saisi = d'ailleurs ne comprenant pas le Français.
Mon rêve actuel est de porter une chemisette rouge, un foulard rouge et des bottes montantes — et d'être membre d'une société chinoise sans but et secrète en Australie.
Vos illuminés ont-ils le droit d'écrire?
— Je correspondrai bien avec un persécuté, ou un «catatonique» quelconque.
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